Les collections universitaires de Lille pendant la Grande Guerre
Le 18/11/2016 à 14h26 par Cécile Malleret
Résumé

Cet article a été rédigé par Isabelle Westeel, directrice du Service commun de la documentation de l’université de Lille Sicences Humaines et Sociales.

Il est publié à l'occasion de la journée européenne des collections universitaires (European Academic Heritage Network).

La Première Guerre mondiale vient interrompre les débuts prospères de la bibliothèque universitaire installée depuis 1907 place Georges Lyon dans le « quartier latin » lillois. Les bâtiments de la bibliothèque n’étant pas réquisitionnés pour le logement de l’armée allemande, Paul Vanrycke, bibliothécaire de l’université de Lille de 1901 à 1923, continue d’assurer son service. Les Annales de l’Université de Lille indiquent « qu’en vue d’éviter toute occupation allemande, même d’ordre intellectuel, la bibliothèque a maintenu la fermeture de sa salle de lecture. Mais elle restait accessible de façon ininterrompue aux professeurs de l’Université, et, d’autre part, le prêt de livres aux étudiants désireux de travailler chez eux continuait à être assuré. »

 

Dans la nuit du 23 au 24 avril 1916, un incendie se déclare au 2e étage de la mairie de Lille dans les bureaux du service de l’hygiène. De cause probablement accidentelle, il se propage rapidement aux autres bâtiments. La coupure du téléphone empêche l’intervention rapide des pompiers.

Monsieur Vanrycke

 

 

 

« Monsieur Vanrycke, bibliothécaire en chef, prévenu, se rendit sur place où il rencontra Monsieur Théodore, conservateur des musées de la ville, et il organisa rapidement le sauvetage de la bibliothèque. »

 

 

 

 

 

 

 

 

L’université montre sa solidarité avec la ville en acceptant que les documents sauvés soient stockés dans la bibliothèque universitaire. On fait vite : on aménage des étagères pour 50000 volumes secs. D’autre part 30000 volumes mouillés, envahis par les moisissures sont couverts, mis à cheval sur les tables de la grande salle de lecture et séchés à l’aide de deux ventilateurs électriques loués pour l’occasion. Chaque page est brossée et nettoyée de ses moisissures et les volumes ensuite déposés au 2e et 3e étages sur des rayonnages provisoires. Sur les 185000 volumes de la bibliothèque municipales, 110000 à 125000 livres sont sauvés dont les manuscrits (1500 environ) et les incunables (plus de 200). C’est une très longue cohabitation qui commence puisque les collections municipales restent dans les locaux de la bibliothèque universitaire jusqu’en 1965, année de la construction de la bibliothèque municipale, rue Edouard Delesalle.

 

Assurer la continuité du service public

Pendant la Première Guerre mondiale, la bibliothèque universitaire abrite également des collections particulières et sert ainsi de refuge à plus de 900000 volumes. Toutes les précautions matérielles sont prises contre les bombardements, les caves sont fortifiées.

 

Le 17 octobre 1918, les allemands ont quitté Lille sans causer aucun dommage à la bibliothèque et les alliés prennent pacifiquement possession de la ville. La bibliothèque est intacte ! Les occupants, au cours de la guerre, ne l’ont dépouillée que de ses appareils d’éclairage en cuivre. Elle peut ouvrir à nouveau les portes de sa salle de lecture et reprendre sa vie normale. Son personnel n’est pas resté inactif. En dehors des services du prêt de livres et des travaux de déménagement ou de protection des dépôts, il a continué la confection du catalogue général, avec plus de 100000 fiches, et achevé le catalogue des thèses françaises depuis l’an 1800. Parallèlement, plus de 100000 autres fiches ont été établies pour remplacer celles du catalogue de la bibliothèque municipale incendiée. (…) La bibliothèque universitaire ne fut pas seulement un asile pour les livres et les collections mais elle joua, dans une certaine mesure, un rôle d’ordre moral. Elle avait pu commencer et elle continuait une collection de tous les quotidiens reçus à Lille. »

 

Reconstituer les collections

À la fin de la guerre, une grande partie du personnel est encore absent pour de longs mois. La bibliothèque universitaire fonctionnait avec 10 à 12 employés avant la guerre. A la fin de l’année 1918, la bibliothèque universitaire fonctionne avec un seul garçon de bibliothèque. Rien ne serait possible sans les employés de la bibliothèque municipale. Et le travail ne manque pas. Il faut reconstituer les collections non reçues entre 1914 et 1918. La bibliothèque universitaire n’a pu acheter aucun livre en raison de l’occupation. Aucun fascicule de périodiques n’a pu être acheminé jusqu’à Lille, il faut rappeler tous les fascicules des abonnements 1914, s’enquérir de ce qui a paru de 1915 à 1918 et reconstituer les échanges en particulier avec l’étranger. Plus de 2000 lettres de demande sont envoyées. En février 1919 la reprise de la poste permet de recevoir quelques fascicules de revues. En avril 1919, les échanges reprennent. Comme beaucoup d’autres bibliothèques, Paul Vanrycke s’est occupé très rapidement d’envoyer des doubles à Louvain, à Soissons et à d’autres bibliothèques sinistrées.

 

Les hommes sont marqués et un vrai sentiment d’abandon et d’incompréhension apparait dans la correspondance de Paul Vanrycke avec l’administration centrale. Comme beaucoup de bibliothèques en France, la bibliothèque universitaire de Lille met du temps à se relever. Les rapports d’activité redeviennent réguliers et fournis à partir des années 1933-34. Les projets reprennent avec notamment la poursuite du catalogue collectif des périodiques lillois et la mise en place d’une salle de bibliographie.

 

Pour en savoir plus http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2013/03/une-histoire-de-la-bibliotheque-universitaire-de-lille/

Pour consulter la sélection "University Heritage at War" http://nordnum.univ-lille3.fr/search?preset=54&view=list

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